Cette publicité est intéressante à bien des égards. On y apprend, en vrac :
- Que St-Hubert est prêt à aller très loin pour vendre du poulet
- Que Régis Labeaume est un très bon acteur (mais ça c’est son boulot aussi)
- Que ça ne pose apparemment aucun problème à personne qu’on fasse une imitation de reportage télé pour vendre du poulet
- Et surtout que la collusion publicité – politique a pris avec ce spot un tournant du tonnerre !
En relations publiques, l’objectif final est toujours de travailler l’image et la notoriété d’un organisme X. Ce qu’on doit savoir aussi, c’est que cet objectif d’image et de notoriété fait toujours partie intégrante d’un plan de communications plus large, dont les raisons sont – pour n’importe quelle entreprise vendant un produit ou un service - d’optimiser ses ventes.
Dans ce contexte, on comprend donc qu’ici Les Rôtisseries St-Hubert visent à améliorer leur image via leur campagne de “verser son cachet”, qui fonctionne très bien d’ailleurs. Et pourquoi améliorer son image à votre avis ? Pour qu’on soit plus enclin à consommer du poulet chez eux.
Ce qui est terriblement gênant pour moi dans ce spot, c’est à la fois le fond et la forme ; on utilise un homme politique en fonction (et pas n’importe lequel) pour vendre un produit. J’en tombe des nues. Comment ce cher Régis a-t-il pu avoir un tel manque de jugeotte ? N’existe-t-il pas une déontologie quelconque des hauts fonctionnaires au Québec ? Ou plus probablement a-t-il pensé que cela allait améliorer son image à lui aussi ? Je trouve aberrant que l’homme publique ait pu à ce point ne pas prévenir la collusion évidente entre politique et fric.
Et en plus de ça, on nous sert une sorte de simili-reportage radio-canadien ; où il est impossible de savoir à la première écoute si on assiste à un reportage ou à un montage. C’est donc comme un mensonge : on fait croire à quelqu’un que ce qu’il voit est une chose quand en réalité c’en est une autre.
Au milieu de tout ça, une excuse, une minable excuse, qui met tout le monde d’accord : l’Opération Enfant Soleil. M’enfin, me faites pas croire que tout l’argent dépensé dans cette campagne a été investi à cause d’un sentiment si altruiste ! Je ne doute pas de la sincérité du restaurant ni de Labeaume dans le fond de la démarche, mais je regrette un cruel manque d’honnêteté et un message vicieux qui cache un peu sa fondation commerciale avec l’organisme Opération Enfant Soleil alors que dans les faits, ce n’est pas glorieux comme manière de vendre du poulet (pour l’un) et de remonter dans les sondages (pour l’autre)…
Le message va marcher, sans aucun doute. Le Québec est friand de porte-parole en publicité, alors convoquer une telle personnalité va avoir un effet d’autorité. En plus, le message est bien réalisé et écrit, il est drôle et provoque une dissonnance. Enfin, l’excuse de l’organisme permet de faire passer le tout avec facilité. Un vrai laxatif…
Pour autant, jamais je n’ai vu un restaurant aller aussi loin pour vendre son quart-cuisse et sa salade crémeuse. Je refuse d’adhérer à de telles pratiques et je crois qu’il est possible de faire quelque chose de plus éthique. Mais ça, que voulez-vous, c’est peut-être que je suis encore trop naïf.
En tout cas l’agence Bos me déçoit ici. J’aimerais bien qu’ils m’expliquent la stratégie déployée et si je fais fausse route avec mon analyse.