J’imagine que pour beaucoup de gens, la culture web ne veut absolument rien dire.
C’est qu’il faut y être exposé, déjà. Ensuite, il faut avoir les référents culturels pour la comprendre, la remarquer. Enfin, il faut savoir ce qu’elle signifie, quel sens elle prend pour l’apprécier à sa juste valeur. La génération Y est celle de la culture web par excellence, parce qu’elle possède ces référents qui échappent au commun des mortels. Mieux encore, elle créera ceux de demain.
En attendant un prochain article là-dessus, voici un petit exposé sur un phénomène web parmi tant d’autres, les Fan Pages “Gueule de …” sur Facebook. J’ai décidé d’en parler pour deux raisons :
- montrer comment la culture web peut se décliner : on a souvent en tête les memes ou les vidéos virales, quand en fait la culture web est beaucoup plus diversifiée que cela. Ici, vous verrez un autre aspect culturel du web propre à une communauté particulière.
- montrer un cas de gestion de communauté qui n’est pas pour une marque mais tout de même très intéressant.
Les Fan Page de “Gueule de…” sont des pages crées par des adolescents. Je ne connais pas leur âge mais ils sont teenagers (13-19 ans). La première page (ou du moins celle qui revendique être la première) semble être Gueules de tigres. Sur ces pages, un concept simple : n’importe qui donne une photo de son visage, puis les modérateurs de la page font ensuite un montage Photoshop créatif avec cette image (souvent une tête d’animal, mais ça ne s’y limite pas) qu’ils publient directement sur la page par la suite.
Réou est le créateur de Gueules de tigres. Très rapidement, il a vu le concept de sa page essaimer. Aujourd’hui, ce phénomène s’est étendu à une vingtaine de Fan Pages et les fans se comptent par dizaines de milliers. La page qui compte le plus d’adeptes est Gueule de loup, dont les modérateurs sont une partie des anciens de Têtes de tigres.
J’ai tout d’abord été frappé par la taille de la communauté de ces pages. Gueule de loup compte plus de 25 000 fans. Pour donner un ordre de grandeur, c’est le même nombre de fans que la marque de notoriété nationale Mountain Equipment Coop ! Pourtant, ce concept me semblait beaucoup trop simple pour attirer autant de monde. Alors j’ai suivi la page de près durant un mois.
Petit aparté éducatif sur la viralité sur Facebook : depuis plusieurs mois, les publications que font les Fan Pages sur Facebook sont payantes si celles-ci souhaitent atteindre leur pleine audience (sinon, un post non-payant atteindra un ratio environnant les 20% de votre fanbase, dépendant du succès de celui-ci). Ceci limite la portée de vos messages sur le roi des réseaux.
Une des premières raisons du succès de Gueule de loup est que cette page n’est pas limitée dans sa portée à cause de son contenu extrêmement social. Les fans postent donc de nombreuses images sur la page puisque tous veulent un montage photo, et Gueule de loup en poste aussi souvent en retour (c’est logique). Résultat : aucun besoin de payer pour atteindre sa fan base, le contenu est super viral par son aspect naturellement social que Facebook encourage dans les timeline (l’algorithme de Facebook privilégie tous les messages plus partagés, commentés et les interactions en général, plutôt que les messages orphelins).
La deuxième raison de ce succès, c’est la gestion de communautés, pour ne pas dire (ce serait drôle) la stratégie de contenu.
Les filles (je dis fille mais je crois qu’il y a aussi un garçon, bref ils sont tout une équipe) qui sont derrière cette page sont des adolescentes. Elles vont à l’école. Elles s’adressent sur cette page, inévitablement, à d’autres ados. Elles sont des confidentes parfaites. Elles publient quand elles ont du temps libre, ce qui se trouve être les périodes exactes auxquelles leur audience a du temps libre (et pas les heures de bureau et la work week traditionnelle des gestionnaires de communauté par exemple). Elles font une sorte d’animation de groupe très simple. Elles publient des images donc, mais elles parlent aussi de la pluie et du beau temps, de leur prof, et généralement de leur quotidien d’ado.
Elles publient énormément : peut être 20 fois par jour les journées les plus actives. Et leurs publications sont loin de perdre en interaction pour autant. Une chose que je pensais peu probable de par mes expériences précédentes.
Je trouve cela passionnant de voir comment ces filles s’affranchissent de beaucoup de règles de gestion de communauté tout en ayant du succès (attention, pour autant elles maîtrisent très bien le langage 2.0 – à grand coup de hashtags). Cela met en lumière une différence notable entre la gestion de communauté de marque et celle de Fan Pages pour le plaisir. Ceux qui ne gèrent pas une marque font preuve d’une spontanéité remarquable. Cette spontanéité paye en terme d’interaction : il suffit de regarder la page pour le voir.
Et quel bel exemple de culture web. Tout y est : du User Generated Content que la maîtrise des outils d’édition comme Photoshop permet, à la toute puissance de l’image, en passant par la logique répétitive du meme. Ici, le meme c’est la tête d’animal photoshopée sur un visage : on retrouve une réminiscence de l’univers manga et kawai, ou encore une inspiration des lolcats. Tout cela concorde en un joyeux bordel interactif, éminemment positif et tellement web. J’ose croire qu’un jour une marque parviendra à faire de sa page un endroit aussi relax que Gueule de loup.
Il faut aussi voir ici toute la relation avec la construction identitaire chez l’ado. De telles pages en sont le terreau : on se montre à cette communauté, on partage, on veut être vu et être différent. En 2013, les jeunes se construisent de manière globalisée avec un enrichissement médiatique incroyable ; qui fait qu’une jeune collégienne peut très bien parler tous les soirs à 25 000 fans de montage de tête de tigre sur Facebook.
Internet, c’est la suppression des intermédiaires pour communiquer. C’est @aplusk (Ashton Kutcher) à qui tu peux parler d’un resto de burritos sur Twitter. C’est contacter un employeur potentiel sur son compte privé Facebook parce que c’est le moyen le plus facile de lui parler directement.
Résultat : de plus en plus de messages se font dans les interstices. Les passages troubles, faciles mais dérangeants, les messages privés, les commentaires de post. Et cætera, et cætera.
Implications : les communications personnelles, professionnelles, les RP, les relations de fans, la gestion d’identité, tout cela est chamboulé. Dans un tel contexte, il y a ceux qui veulent résister à tout prix, ceux qui ont abandonné, et ceux qui s’en foutent.
Une posture à adopter : l’authenticité, tout le temps. Parce que bientôt tout le monde pourra vous contacter tout le temps.
Super outil de monitorage pour les Hashtag. Je trouvais rien de très pertinent et gratuit pour faire du monitoring sur Hashtag, et cet outil est tombé à pic. En plus de répondre à mon coeur de romantico-steam-punk fanatique avec son graphisme très science-fiction, l’outil s’avère diablement efficace. Il suffit d’entrer le Hashtag en question pour tomber sur des datas propres, complètes et déjà toutes classées. Pratique pour une recherche rapide et dont on n’extraira pas trop de jus. Mais assez précis pour être pertinent.
Je vous conseille donc à tous, le seul défaut est à mon avis que l’archive n’est pas complète. Espérons qu’une future version permettra d’avoir un hashtag complet, “since the first mention“…
Le Web est un espace où l’ironie des relations entre les individus à même le réseau est omniprésente. Contradictoires, les populations qui habitent la toile sont parfois à contrepied les unes des autres. La dualité faiseurs d’argent / hackers et open source est toujours la même depuis 1993, et toujours aussi forte.
Un autre débat qui anime les créateurs de contenu sur le Web : SEO ou stratégie de contenu ? OUhhhhh que ça va être intéressant tout ça !!
Bref aperçu du débat
Le SEO, ou Search Engine Optimization, arrive historiquement alors que Google grandit pour devenir la porte d’entrée du Web. Pour accéder à un site, on se sert d’un moteur de recherche qui calcule parmi tous les sites existants quel site conviendra le mieux à la recherche qui est faite. Tout le débat autour du SEO et du Contenu tourne alors autour du “Comment” de ce calcul des moteurs de recherche. Pour trouver votre contenu, le moteur de recherche va aller trouver : les contenus les plus pertinents par leurs termes ; leur méta-donnée (l’info officielle qu’ira chercher le moteur de recherche) ; et leur référencement, c’est-à-dire à quel point le site est cité ailleurs. C’est une manière d’essayer de savoir quels sont les sites les plus reconnus par les autres utilisateurs grâce au fait que des personnes citent le site, et recommandent donc ledit site. Tout cela est ensuite orchestré par un algorithme qui produit les résultats de recherche. Plus d’info ici.
Le SEO et la stratégie de contenu servent tous deux un même objectif de base : générer des visites. Ben oui : on ne crée pas un site pour rien !
Mais, arrêtons-nous ici. Peut-être à cette étape beaucoup de personnes devraient se questionner (oui, faut se questionner avant même d’avoir commencé).
C’est stupide comme question direz-vous ?
En fait, naturellement, les réponses divergent énormément. C’est la réflexion de tout média : pourquoi est-ce que j’existe ? Pourquoi parler, pourquoi écrire ? Il n’y a pas de mauvaises raisons, seulement il faut garder à l’esprit que c’est cette raison qui informe la stratégie à adopter.
C’est pour ça que peut-être SEO / Contenu est en fait un faux débat. Tout dépend de votre raison d’existence, votre ligne éditoriale. Alors voici comment je catégoriserais les différentes approches qu’un joueur peut avoir sur le web :
- Vous existez seulement pour être sur la carte :
Au plus clair et au plus fun vous serez, au plus votre site aura sa crédibilité et vous n’avez pas besoin de stratégie de contenu / SEO, les personnes qui vous cherchent vous trouveront. Gardez votre communication officielle et soignée, cela suffira à donner la confiance suivante aux visiteurs provenant des moteurs de recherche d’aller sur votre site.
- Vous existez pour être sur la carte et générer une conversion quelconque, mais vous n’êtes pas un producteur de contenu en tant que tel :
Le plus simple pour vous est d’essayer de mieux vous placer dans les résultats de recherche, et le SEO a un maximum de pertinence pour vous.
- Vous existez pour être sur la carte et générer une conversion quelconque, et vous êtes producteur de contenu ou pourriez peut-être le devenir :
Privilégier dans votre cas le contenu, la manière naturelle et authentique d’attirer du monde chez vous.
- Vous existez pour générer des visites spécifiquement :
Faites une stratégie de contenu. Si vous voulez des visites et rien d’autre, vous pourrez user de toutes les stratégies de SEO disponibles, rien n’attirera et retiendra des lecteurs si le contenu est mauvais. C’est la loi de la jungle. Vous pouvez cependant mixer avec une stratégie SEO qui ne ferait évidemment pas de mal, mais privilégier le SEO serait équivalent à mettre la charrue avant les boeufs.
On voit donc que selon le but recherché, la stratégie doit être ajustée. Il est faux de dire que l’un ou l’autre est mauvais ou inadéquat, SEO et stratégie de contenu ont chacun leur raison d’être, peuvent cohabiter ou pas, être inutile ou crucial : c’est le contexte qui définit leur pertinence.
Révolution, du latin “revolvere”, rouler en arrière. C’est drôle qu’une telle éthymologie soit à la base de ce mot qui d’habitude amène les gens et les sociétés à aller de l’avant.
Les avancées du numérique sur nos vies ont aussi changé la manière de se révolutionner, pour mal parler. On ne roule pas en arrière. Mais dans les manifs, on fait par contre une rétroaction assez intense à coup de tweets, statuts Facebook et autres épanchements du débat social sur la toile du web, à travers les branches des blogues, des commentaires d’articles de presse, et ainsi de suite.
Dans ce contexte, le mouvement Occupy Wall Street aura ouvert la voie à quelque chose de plus fort.
Avec les révolutions arabes, on a tous convenu que les citoyens avaient plus de pouvoir pour s’exprimer.
Avec Occupy Wall Street :
Depuis quand les mouvements hippies, avec tentes, pulls africains et message d’amour inclus font dans la publicité télé ?
Nous sommes tous créateurs et producteurs de contenu (nous, les citoyens). De ce fait, les médias nous appartiennent ; pas parce que nous avons des actions chez CNN, mais parce que le pouvoir est partagé, éclaté à travers tout autant de comptes Youtube, de tweets. Sans compter que le “reviewed-web” arrive à grand pas. Résultante : les sociétés sont en général mieux outillées pour décrypter les messages envoyés à longueur de journée par la politique, les news et la promo des publi-sacs.
Dans un contexte de relations publiques, il faudra une rutillante authenticité, et une transparence d’or.
Les marques devront vivre autrement en société. Leur rôle reste le même, mais elles ne doivent plus agir avec le même niveau de maturité communicationnelle.
Il faudra que les médias de presse encouragent la conversation et la création de contenu. Parce que si vous ne donnez pas les médias aux individus, ils les prendront d’eux-mêmes. Autant créer le momentum.
Un sujet qui risque de ressortir de plus en plus souvent : la réaction des sites web face a la multiplicité des interfaces qui permettent aux usagers d’accéder au web. C’est immense, c’est dense. J’ai donc écrit un article pour le blogue d’Index Web Marketing pour évaluer le sujet.
Une fois n’est pas coutume, certains espaces médias dédiés à la pub font parler d’eux.
Ici, je voudrais parler des 15 secondes de tou.tv.
Tou.tv est la plate-forme web des séries, webséries, docu et toutes les sorties de la chaîne télévisée Radio-Canada. C’est une plate-forme cool et qui a été primée pour sa production propre et efficace. On y voit ce qu’on veut quand on veut : tout ce qu’on peut demander d’une plate-forme comme celle-là en somme, et c’est parfait.
Évidemment une telle idylle entre consommateurs et diffuseur n’allait pas durer, vous vous en doutez bien. Alors tranquillement les responsables du site ont entamé leur plan de monétisation (les pub étaient déjà là dès le début, mais pas aussi nombreuses). Le résultat :
- Une pub pour commencer
Une deuxième pub tout de suite après :
Et ensuite ce que vous vouliez vraiment voir commence. 30 secondes de pub enfoncée dans la bouche et impossible de réagir.
Je sais bien que la répétition ça marche en pub. Mais il y a préscription : on est sur le web. Les gens viennent sur tou.tv pour ne pas avoir à voir toutes ces pubs agressantes et débilisantes et il faut encore qu’on nous en foute un gros paquet bien sale.
Ci-dessus, deux 15 secondes d’affilé à chaque petite barre grise le long de la vidéo. Yeah.
Et vous voulez que je vous dise le pire dans l’histoire ? C’est cette interdiction autoproclamée de “zapper” ou passer la pub :
Sur cette capture d’écran : le sélecteur vidéo devient celui de la pub. Comme si on voulait mettre la pub sur pause pour être sur de ne rien en perdre… Et on doit donc attendre la fin de la pub.
Pourquoi faut-il que toutes ces belles choses finissent un jour par pourrir comme un beau fruit qu’on aurait trop laissé mûrir ? C’est dommage car ils dénaturent l’expérience utilisateur autrement excellente de Tou.tv.
- la double annonce, pour un 30 secondes d’attente trop long : une pub ça va, deux c’est vraiment trop. Et surtout quand c’est le même annonceur.
- la reccurrence des annonces dans la vidéo : histoire de bien agacer les internautes, la publicité qui passe durant le même épisode ne change pas. On retrouve le même 15 secondes à chaque pause.
- l’impossibilité de choisir de passer la pub : si le jingle est un peu débilitant, ça frise la torture.
- la sélection et la production des publicités choisies : quand on regarde tou.tv, on est autrement plus impliqué que sur un téléviseur. On fait une écoute active parce que l’émission qu’on a choisie est vraiment celle que l’on veut écouter. Alors si jamais votre pub n’est pas soignée, a un ton trop classique ou un peu bébête, c’est tout l’effet inverse de ce que vous vouliez véhiculer : votre spot risquera d’agacer des spectateurs, qui se sentiront agressé dans leur plaisir.
Un avantage par contre : on aboutit à une segmentation très efficace avec ce genre de pubs, ce qui en conclusion permet d’avoir une publicité bien adaptée au consommateur et donc suceptible de l’intéresser véritablement.
Alors vous avez encore du boulot les gars. Trouvez un juste milieu. Gardez une boussole avec le public, qui saura vous dire quand c’est trop. Et il est tout à fait possible de faire de la pub du moment que l’on garde l’esprit web et plaisir. Si vous avez besoin de répéter votre pub 10 fois dans un épisode de tou.tv, vous êtes frileux, stupide, ou vous croyez encore que le gavage est la meilleure solution pour qu’on achète votre produit. FAUX !
Ils sont maintenant légion et plus seulement des touche-à-tout.
Ils ne trouvaient pas la voix qui pouvaient leur correspondre,
Ou plutôt ils en trouvaient trop : sons / vidéos / réseautage / production / communication / photographie / design et encore un paquet de / …
Ce sont les artistes multiplateformes du XXI siècle bien sûr.
Dans leur rang, des branleurs, des travailleurs (frustrés) ou des superstars artistes. Des directeurs artistiques, des producteurs d’artistes et surtout, des gens qui font des clips tout joli sur Vimeo.
Un nouveau moyen d’expression pour eux : le webdocumentaire. Modèle novateur de documentaire qui mélange les genres : gonzo journalisme à la manga, documentaire animalier style Tarantino, tout reste à écrire. Ce documentaire que je vous présente ici, en plus d’être sympa et intéressant, et aussi remarquable par ce qu’il représente : une nouvelle manière de faire un reportage. Online.
PS : j’ai coupé la vidéo en embed pour ne pas qu’elle dépasse mais pour une expérience complète cliquez ici